Clara Citron
portrait d'artiste

par Anne Bourrassé
publié sur pointcontemporain.com



Avec chaque étape de la vie se construit un rôle social : fille, garçon, adolescent, adolescente, homme, femme, couple, mari, épouse, parent. Un parcours libre, chaotique, expérimental comme l’est le dessin de Clara Citron. Sans encercler chaque stade de l’existence de l’être humain contemporain, elle introduit avec nuance ses différentes mutations, du corps et de la pensée, dans ses oeuvres. Son interprétation figurative témoigne d’un féminisme inclusif, qui accueille les préoccupations d’hommes et de femmes. Avec ou sans détours, elle expose les failles et trace les contours de notre intimité.

Jour après jour, Clara Citron constitue une collection abondante de dessins qui servent de base pour élaborer des compositions narratives. Elle sélectionne un détail, un mot, une intuition qu’elle extrait du dessin originel et recompose dans un tableau d’un nouveau genre. Ce processus fait écho au “cut-up”, technique qu’expérimentait William Burrough qui découpait ses textes originaux en fragments aléatoires qu’il arrangeait pour produire un texte nouveau. Ici, par un assemblage de couches successives, les dessins se heurtent, se marient, se défient. Un exercice saccadé où chaque fragment devient un protagoniste, un extrait d’histoire, un chapitre qui s’interpose brutalement ou souligne un passage tel un cadavre exquis. Comme si nous avions avalé un flux d’images et de mots délivrés sur les réseaux sociaux.

On ne sait si les phrases qui parcourent les oeuvres sont exorcisées ou entendues. Seule certitude, elles frappent de front. Ses tableaux forment des chroniques dont nous parcourons le scénario : une romance se noue, un conflit éclate, une réalité parfois crue nous oblige à détourner les yeux. Dans l’imaginaire de chacun se crée une histoire intime. “Il était une fois” a été rendu à sa plus juste réalité. Au détour de l’artifice, Clara empoigne la féminité, elle la tord et la fait parler, la fait plier.

L’écriture et le dessin s’expulsent sur papier comme un lâcher prise de conscience. Ses pensées éclosent dans ses mains, le geste est impulsif et inspiré. Le trait se mue, il n’est plus l’apanage du crayon, il déborde. La maîtrise patiente de la gravure à l’origine de la pratique d’illustration de Clara Citron prend ses libertés dans d’autres outils, d’autres matières. Elle crée une ligne protéiforme qui se moule dans le volume du scotch ou du tissu. Par l’outil, le geste intègre différentes temporalités, patient pour la gravure, vif pour la bombe de peinture. En prenant du volume le dessin décolle du plat au plein, de deux à trois dimensions, et intègre une profondeur. Le trait s’ouvre à différentes échelles pour définir une nouvelle pratique plastique du dessin.