Clara Citron

par Alain Cueff



Depuis Charcot, l’hystérie est une grande affaire moderne que, à sa suite, Freud allait rendre critique, et, d’une certaine façon, populaire. Elle s’est installée, répétitive, lancinante : dans les torsions sexuelles d’un impossible désir, le sujet voudrait prendre le monde à témoin de ce qui ne peut se dire et encore moins se montrer. Mais le corps social reste aux aguets. Ainsi, écrivait Sigmund Freud « L’hystérie est une œuvre d’art déformée » et, commentait Philippe Sollers en 1980, « L’œuvre d’art est donc une hystérie réussie. » Avant d’ajouter : « On comprend qu’elle soit rare ».

Mais que se passe-t-il  alors — que peut-il se passer dans les dessins, gravures, installations, phrases et rébus de Clara Citron, où l’hystérie elle-même est le sujet, non pas exclusif, mais, encore une fois : lancinant ? Des femmes sans tête, ouvertes en brèches, leur sexe absorbant leur tête, sollicitent des phallus indéterminés, sans beaucoup plus de tête, des corps comme des choses où l’humeur annule le souffle, où le délire est si bien intériorisé que les frontières perdent leur importance. Les espaces où ces corps s’ébattent se brisent, se diffractent, mais restent contigus, comme dans un roman d’Andreï Biély où l’on ne sait plus qui regarde quoi.

Le quoi de qui ? Soyons patients, l’image précède toujours le texte : c’est déjà beaucoup de voir, sur les murs puis au sol, à nos pieds, c’est-à-dire entre nos jambes, l’image plus âpre que choquante (voyons, nous en avons vu d’autres…) de vicissitudes en définitive ordinaires, si l’on en croit les magazines très intéressés au phénomène. Ce qui change, ce qui penche, ce qui dérange, c’est la gaucherie si bien assumée du trait perçant sans précautions la figure d’une vérité dans toute sa relativité (si la vérité n’était pas relative, nous serions perdus). Contrairement à d’autres artistes, chez lesquelles la statue du père noue et impose un récit circonstancié de l’hystérie, Clara Citron ne prend pas de détours en façons psychologues, et son dessin en ressort grandi.