L'hymne à l'amour

par Jean-Marc Dimanche



Dessins à dire. Dessins à lire. Chez Clara Citron le trait parle autant que les mots. C'est un peu comme si le papier se mettait à crier sous la pointe acérée du crayon ou le poids des collages. L'œuvre est partout éclatée, dispersée, comme découpée par un noir scalpel, rapiécée, entremêlée de morceaux de soi et des autres. Un peu d'elle. Beaucoup de nous ! Jamais vraiment de violence. Juste une saine et réelle urgence à convoquer le présent et l'avenir, à s'arrêter sur les petits et les grands moments de notre existence, histoire de nous entraîner toujours plus loin dans sa divine confusion.

Le temps semble ici incertain. Les images se choquent et s'entrechoquent. Les saisons font du bruit. Même les couleurs ne sont pas vraiment des couleurs. Elles sont du son, elles sont du sens, de celui qui ouvre l'œil et l'esprit, nous ravit à nous-mêmes pour nous faire tomber toujours plus loin. Il y a curieusement beaucoup d'ordre dans tout ce désordre, une certaine précision à vouloir nous entraîner dans cette histoire de vie, à travers les frasques de notre humanité. Les saisons passent et s’entrechoquent, nous rappellent les corps qui changent et s’échangent. Se déforment autant que s’épousent. Il y a le feu des instants. Il y aussi le long écoulement du temps. Il y a toujours l’autre, celui qui précède, ou bien celui qui suit, révélé par l’éruption du dessin, et prêt à jouer tous les rôles. Celui qui pleure. Celui qui rit. Celui qui arrive et celui qui part. L’autre que l’on porte en soi. En nous et malgré nous.

Il était une fois... mais cette fois l'introduction nous concerne. Le passé nous rattrape. Ces premiers mots sont sujets. Il… c'est bien nous tout au bord du vide, prêts à plonger dans l'image, avec sans doute un peu inquiets, l'espoir d'une fin qui finirait bien. Et le divertissement est ailleurs que dans le geste appuyé, la fable partout au-delà de la feuille de papier et des mots précipitamment jetés. À peine écrits et déjà libérés. Si peu esquissés et soudain si chargés d'une étonnante et persistante réalité. L'ensemble ainsi constitué évoque davantage la partition qu'un classique et éternel accrochage, une suite de mouvements qui nous seraient donnés à déchiffrer sur un même et unique thème. Une petite musique de vie qui nous poursuit et sans cesse nous rappelle avec virtuosité une certaine ironie sur notre sort... et consorts !